@hieptran8100: Khi em len den

hieptran8100
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Wednesday 16 March 2022 16:03:48 GMT
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🆘 Nous sommes les chances pour la France Nous sommes les chances pour la France,   c’était écrit dans la bouche des ministres,   sur les affiches propres des mairies,   dans les dossiers reliés des commissions.   Nos grands-pères arrivèrent avec leurs mains,   leurs épaules, leurs langues pliées,   leurs noms mal prononcés aux guichets,   leurs nuits dans des foyers sans mémoire.   Ils bâtirent des murs, des ponts, des usines,   et l’on disait :   voyez comme la France accueille,   voyez comme chacun trouve sa place.   La place était au fond des ateliers,   dans les étages sans ascenseur,   près des périphériques,   là où la ville dépose ce qu’elle ne veut pas voir.   Nous sommes les chances pour la France,   premier refrain, doux comme une brochure,   plus léger qu’un contrat précaire,   plus propre qu’un bleu de travail.   Puis vinrent nos pères,   Français parfois, étrangers encore,   assis entre deux mondes,   debout dans aucun.   Ils apprirent la République   sur les murs de l’école primaire :   Liberté, Égalité, Fraternité,   trois mots vastes, trois portes fermées.   À l’école, on rangeait les enfants   par notes, par rues, par silences.   Certains avaient des rêves d’ingénieurs,   d’autres comprirent très tôt   que l’adresse sur un CV   peut peser plus lourd qu’un diplôme.   Nous sommes les chances pour la France,   disait-on encore,   tandis que les statistiques, patientes,   alignaient le chômage, l’échec, l’absence,   les quartiers prioritaires,   les vies secondaires.   Au collège, la colère prit cartable,   puis capuche, puis regard fixe.   Elle apprit les contrôles au faciès,   les cages d’escalier, les humiliations brèves,   celles qui ne font pas de bruit   mais qui nourrissent longtemps.   La violence ne tomba pas du ciel :   elle monta lentement des caves,   des terrains vagues, des halls,   des pères vaincus devant Pôle emploi,   des mères qui comptaient la fin du mois   comme on compte les survivants.   Nous sommes les chances pour la France,   chance de brûler dans les rapports,   chance d’occuper les débats du soir,   chance d’être expliqués par des experts   qui n’ont jamais attendu le dernier bus   au pied d’une tour sans lumière.   Puis les enfants grandirent.   Les jeux devinrent défis,   les défis devinrent dettes,   les dettes devinrent menaces.   On se passa des mots plus durs que les pierres,   on se passa des pierres plus vite que les mots.   Les vitrines apprirent la peur,   les sirènes apprirent nos prénoms,   les nuits devinrent plus courtes   et les matins plus honteux.   Nous sommes les chances pour la France,   refrain devenu ricanement,   médaille en toc sur poitrine nerveuse,   formule officielle posée   sur des mâchoires serrées.   Il y eut d’abord les insultes,   puis les poings,   puis les courses dans les parkings,   puis les scooters sans phare,   puis les couteaux que personne ne nomme   avant qu’ils n’entrent dans l’histoire.   Dans les sous-sols des grandes villes françaises,   la République descend rarement.   Elle préfère les plateaux de télévision,   les chiffres propres,   les phrases fermes,   les minutes de silence.   Là-dessous, pourtant,   la France continue :   même béton, mêmes enfants,   mêmes papiers d’identité froissés,   même solitude sous des néons malades.   Et Louis passa par là.   Louis, jeune Français,   un garçon de presque rien,   avec son sac, son souffle, son retard,   son avenir encore tiède dans les poches.   Il ne connaissait pas les grandes théories,   ni les causes profondes,   ni les rapports parlementaires.   Il voulait rentrer.   Mais la nuit avait déjà trop bu de rancœur.   Les murs transpiraient des années d’échec,   les ombres parlaient plus fort que les hommes,   et dans les souterrains obscurs   d’une banlieue des grandes villes françaises,   la chance, enfin, porta un autre nom.   On l’appela meurtre.   Et Louis ne remonta pas. #Louis #JesuisLouis #RIPLouis
🆘 Nous sommes les chances pour la France Nous sommes les chances pour la France, c’était écrit dans la bouche des ministres, sur les affiches propres des mairies, dans les dossiers reliés des commissions. Nos grands-pères arrivèrent avec leurs mains, leurs épaules, leurs langues pliées, leurs noms mal prononcés aux guichets, leurs nuits dans des foyers sans mémoire. Ils bâtirent des murs, des ponts, des usines, et l’on disait : voyez comme la France accueille, voyez comme chacun trouve sa place. La place était au fond des ateliers, dans les étages sans ascenseur, près des périphériques, là où la ville dépose ce qu’elle ne veut pas voir. Nous sommes les chances pour la France, premier refrain, doux comme une brochure, plus léger qu’un contrat précaire, plus propre qu’un bleu de travail. Puis vinrent nos pères, Français parfois, étrangers encore, assis entre deux mondes, debout dans aucun. Ils apprirent la République sur les murs de l’école primaire : Liberté, Égalité, Fraternité, trois mots vastes, trois portes fermées. À l’école, on rangeait les enfants par notes, par rues, par silences. Certains avaient des rêves d’ingénieurs, d’autres comprirent très tôt que l’adresse sur un CV peut peser plus lourd qu’un diplôme. Nous sommes les chances pour la France, disait-on encore, tandis que les statistiques, patientes, alignaient le chômage, l’échec, l’absence, les quartiers prioritaires, les vies secondaires. Au collège, la colère prit cartable, puis capuche, puis regard fixe. Elle apprit les contrôles au faciès, les cages d’escalier, les humiliations brèves, celles qui ne font pas de bruit mais qui nourrissent longtemps. La violence ne tomba pas du ciel : elle monta lentement des caves, des terrains vagues, des halls, des pères vaincus devant Pôle emploi, des mères qui comptaient la fin du mois comme on compte les survivants. Nous sommes les chances pour la France, chance de brûler dans les rapports, chance d’occuper les débats du soir, chance d’être expliqués par des experts qui n’ont jamais attendu le dernier bus au pied d’une tour sans lumière. Puis les enfants grandirent. Les jeux devinrent défis, les défis devinrent dettes, les dettes devinrent menaces. On se passa des mots plus durs que les pierres, on se passa des pierres plus vite que les mots. Les vitrines apprirent la peur, les sirènes apprirent nos prénoms, les nuits devinrent plus courtes et les matins plus honteux. Nous sommes les chances pour la France, refrain devenu ricanement, médaille en toc sur poitrine nerveuse, formule officielle posée sur des mâchoires serrées. Il y eut d’abord les insultes, puis les poings, puis les courses dans les parkings, puis les scooters sans phare, puis les couteaux que personne ne nomme avant qu’ils n’entrent dans l’histoire. Dans les sous-sols des grandes villes françaises, la République descend rarement. Elle préfère les plateaux de télévision, les chiffres propres, les phrases fermes, les minutes de silence. Là-dessous, pourtant, la France continue : même béton, mêmes enfants, mêmes papiers d’identité froissés, même solitude sous des néons malades. Et Louis passa par là. Louis, jeune Français, un garçon de presque rien, avec son sac, son souffle, son retard, son avenir encore tiède dans les poches. Il ne connaissait pas les grandes théories, ni les causes profondes, ni les rapports parlementaires. Il voulait rentrer. Mais la nuit avait déjà trop bu de rancœur. Les murs transpiraient des années d’échec, les ombres parlaient plus fort que les hommes, et dans les souterrains obscurs d’une banlieue des grandes villes françaises, la chance, enfin, porta un autre nom. On l’appela meurtre. Et Louis ne remonta pas. #Louis #JesuisLouis #RIPLouis

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