GAMM PRIMO :
l’époque où l’on s’offrait des cartes postales et où l’on s’écrivait de longues lettres sur du papier à correspondance, nos rencontres étaient rares et précieuses. Nous ne nous voyions qu’à l’école, le samedi à l’église catholique, lors des fêtes de quartier ou à l’occasion d’un rendez-vous soigneusement fixé à l’avance. La ponctualité n’était pas une simple politesse, mais une nécessité, car manquer l’heure convenue pouvait signifier ne jamais revoir la personne.
Je me souviens encore du jour où l’album Sarbacane de Francis Cabrel fit son apparition. Ce souvenir demeure gravé dans les replis les plus profonds de ma mémoire. Cette année-là, je venais d’être abandonné par celle que j’aimais. Ironie du destin, j’étais moi-même infidèle. J’étais aussi poète, ou du moins je m’efforçais de l’être, noircissant des pages entières de vers mélancoliques et de confidences enflammées.
C’est également à cette période que commencèrent mes tourments gastriques, comme si mon estomac avait décidé de porter le fardeau de mes égarements sentimentaux. Depuis lors, cette affection m’accompagne avec une fidélité que certains êtres humains n’ont jamais su m’accorder.
Aujourd’hui, j’ai dépassé la quarantaine. Les lettres ont cédé leur place aux messages instantanés, les rendez-vous aux appels vidéo, et les attentes fébriles aux notifications lumineuses. Pourtant, malgré les années écoulées, il subsiste en moi une nostalgie tenace pour cette époque révolue, où chaque mot écrit possédait le poids d’une promesse et où chaque rencontre ressemblait à un événement exceptionnel.
2026-05-19 21:32:08