odonmuambi :
Ajouter un élément essentiel aux analyses de La Boétie. Le peuple ne constitue pas un corps homogène. Il est traversé par des intérêts divergents, des hiérarchies, des dépendances et des rapports sociaux inégaux. Le consentement volontaire n’est jamais un acte neutre ou pur. Le pouvoir agit aussi à travers une violence symbolique douce, silencieuse, souvent invisible. Quelquefois même spectaculaire lorsqu’il faut produire l’exemple. Les mécanismes d’habitus, de reproduction inconsciente des schémas sociaux, de normalisation et de naturalisation de la domination montrent qu’il ne suffit pas de vouloir s’affranchir pour y parvenir. La sortie de la domination relève d’une conjonction de facteurs sociaux, historiques et matériels. Elle implique aussi un calcul coût-bénéfice. Se révolter a un prix. Se soumettre peut apparaître moins risqué. Le nombre compte peu lorsque le rapport de force demeure asymétrique. Et ce rapport joue généralement en faveur du Prince. L’histoire coloniale en Afrique l’a montré. Les démocraties de façade observables aujourd’hui, notamment en RDC, en offrent encore certaines illustrations.
Il est intéressant de noter que, selon Pierre Bourdieu, la domination n’existe pas uniquement parce que les dominés l’acceptent. Elle se loge dans les structures mentales elles-mêmes. Les catégories utilisées pour penser le monde sont parfois produites par l’ordre dominant. Les dominés ne sont pas face au pouvoir comme des individus libres décidant rationnellement entre obéir et résister. Ils sont déjà socialement fabriqués dans un univers de contraintes, d’intérêts, de peurs et d’apprentissages.
2026-05-17 23:14:31