Malctime :
Je me suis éveillée vers 7 heures du matin, un jour de congé… Sous la couette, j’ai clos mes paupières avec obstination, néanmoins mes jambes remuaient toutes seules, mes bras se crispaient, comme si mon corps était impatient de se lever. Rien ne m’y obligeait, mais j’ai tellement l’habitude du stress intermittent de la perfectionniste - le stress de celle qui veut en faire le maximum et ne fait rien par peur de mal faire - que j’ai régulièrement l’impression d’être en retard, débordée même (et surtout) si je suis inactive… Quelque part en moi, il y a l’urgence d’agir, l’idée que le sommeil nuit à la journée que je dois vivre impérativement, sans perdre une seule minute. Alors finalement, je me suis redressée. J’ai écarté les rideaux qui s’avachissent au fur et à mesure des jours (un anneau cassé par mois, ce serait presque symbolique pour quelqu’un de superstitieux, ce voile en laine qui laisse entrer davantage de lumière saison après saison)… Il faisait encore nuit. Derrière la fenêtre éclairée d’en face, une silhouette familière me faisait face. L’un de mes voisins passe la plupart de ses nuits et de ses matinées au milieu de sa fenêtre, “au milieu” dans le sens où le montant vertical de la fenêtre coupe son visage en deux. Il est indistinct avec la distance : je serais surement incapable de le reconnaître si je le croisais dans la rue, d’autant qu’il se compose de deux moitiés de visage floues sans corps apparent. Au début, lorsque que je venais d’emménager dans cet appartement, il m’est arrivé de sursauter en l’apercevant, ensuite je me suis habituée à cette vision. Après tout, je passe également beaucoup de temps au bord des fenêtres, sans regarder personne en particulier : il me trouve peut-être toute aussi spectrale depuis l’autre côté de la route.
J’ai escaladé machinalement Le Chat roulé en boule sur la moquette sale, descendu l’escalier d’un pas incertain dans l’obscurité, pour saisir une tasse à laver parmi la pile de vaisselle sale. J’ai versé mon mauvais café - café soluble 1er prix ED - puis du lait (dans ma tête, mon père allergique au lait me demandait : “tu mets uniquement du lait dessus ? Ce n’est pas indigeste ?” comme à chaque fois que je p
2026-06-19 13:15:37