neomarxistaries :
Mon commentaire sera peut-être proche du procès d’intention en raison du fait qu’il s’appuie sur un court extrait d’une longue journée de formation, mais je me permets tout de même de pointer le caractère hautement dépolitisant de ce type de discours. Certes, pour s’épanouir dans son métier, il est sans doute indispensable de ne pas rester enfermé·e dans une spirale négative (« tout ce qui va mal »). En revanche, il est faux de dire qu’on n’a aucun contrôle sur le reste. Quand on ramène toute problématique à l’échelle individuelle, c’est évident : les décisions d’un cabinet ministériel, les affectations d’un établissement, les subsides déterminant les ETP sont autant de variables sur lesquelles « je » ne peux pas agir. Or c’est dangereux de prôner le discours selon lequel il faut apprendre à naviguer dans la tempête alors qu’on peut collectivement peser sur les conditions matérielles d’exercice du métier (pour filer la métaphore : la taille du bateau, le nombre de membres de l’équipage, la qualité de l’équipement, la distribution du pouvoir, etc., pas seulement la déco de notre cabine personnelle). Les discours libéraux aident sans doute à rendre la vie professionnelle de celles et ceux qui les entendent un peu plus vivable, mais ils désamorcent d’emblée tout mouvement de contestation collectif. Oui, on peut par exemple agir sur les décisions du ministère :
1) En amont, en votant pour des responsables politiques soucieux d’améliorer la qualité et l’équité du système éducatif.
2) Durant leur mandat, en exprimant collectivement notre désaccord par la grève.
3) En saisissant les opportunités de participation aux réformes éducatives (coucou le Pacte).
4) En aval, en sanctionnant électoralement les fossoyeurs des services publics.
Bref, il est temps de reprendre un vrai pouvoir sur notre profession. Les systèmes post-bureaucratiques ont finalement réussi à institutionnaliser notre sentiment d’impuissance par un découplage constant entre travail réel et décisions. Les plans de pilotage n’ont donné qu’une autonomie toute relative aux équipes éducatives, en transformant l’établissement en son propre référentiel. Quid des enjeux plus globaux de justice sociale ?
2026-07-10 11:40:06