Rafik Rida :
L’âme ne connaît pas une seule allure, mais plusieurs, comme des régimes secrets qui se succèdent et s’entrelacent.
Il y a d’abord la vitesse de la tourmente, quand elle est emportée par les passions, les peurs ou les désirs. Tout s’y bouscule en rafales, le cœur bat plus vite que la raison, le temps se déchire.
Puis vient la vitesse de la pensée, plus posée, où l’âme raisonne, compare, pèse. Elle y avance au rythme du discours intérieur, dans un clair-obscur patient, où chaque idée en éclaire une autre.
En deçà, il existe une vitesse plus rare : celle de la contemplation. L’âme semble alors immobile au regard du monde, mais à l’intérieur elle se dilate, épouse un souffle plus vaste. C’est un ralenti brûlant, où l’on coïncide avec l’instant.
Enfin, furtive, fulgurante, la vitesse de l’intuition. C’est l’éclair qui foudroie, l’évidence qui éclate sans chemin. L’âme ne marche plus : elle voit. Le temps s’annule, et une parcelle d’éternité se donne d’un coup.
L’art de vivre intérieurement consiste peut-être à reconnaître en nous ces quatre vitesses, et à ne pas confondre l’agitation avec l’élan, ni la lenteur féconde avec la simple pesanteur.
2026-08-05 02:42:35