Rafik Rida :
Tolérer n’est pas accepter. C’est même souvent le contraire : on tolère ce que l’on préférerait ne pas voir, mais que l’on consent à supporter. L’islam qu’on tolère est ainsi un islam sous condition.
On tolère un islam discret, privé, silencieux. Celui qui ne se voit pas dans l’espace public, qui ne revendique rien, qui s’excuse presque d’exister. On tolère un islam « modéré », « éclairé », « compatible avec la République », autrement dit un islam rassurant, réduit à une spiritualité individuelle plutôt qu’à une pratique collective.
Mais dès que l’islam devient visible, il dérange. Une femme voilée, une mosquée qui s’agrandit, un menu halal, une prière dans la rue : tout devient débat, soupçon, parfois loi. On découvre alors que la tolérance a des limites, et que ces limites sont souvent tracées par la peur ou par une idée figée de l’identité nationale.
Le problème n’est pas seulement religieux, il est politique. Exiger d’une religion qu’elle se cache pour être acceptée, ce n’est pas la respecter, c’est lui imposer une condition : celle de ne pas trop exister. Or les citoyens musulmans n’ont pas à être « tolérés » comme une exception embarrassante. Ils ont droit, comme les autres, à la liberté de conscience, à la liberté de culte et à l’égalité devant la loi.
La vraie question n’est donc pas : quel islam sommes-nous prêts à tolérer ? Mais : sommes-nous capables de passer de la tolérance condescendante au respect effectif des libertés communes ? Une société laïque n’a pas à aimer toutes les religions. Elle doit simplement garantir à chacune, et à chacun, le droit d’exister sans avoir à demander la permission.
2026-08-20 14:19:07