SAMY. J 94 :
En 1971, Abderrahim Bouabid dénonçait déjà la concentration des richesses et l’ampleur prise par la corruption au Maroc depuis les années 1960. Selon les chiffres cités à l’époque, environ 800 000 Marocains se partageaient près de 50 à 55 % du revenu national, tandis que des millions de paysans et d’ouvriers se partageaient le reste.
Il dénonçait également une minorité qui s’enrichissait grâce aux privilèges, sans pour autant contribuer au développement du pays : des fortunes accumulées dont certains ne savaient même plus quoi faire, sinon construire de somptueux palais, souvent dans un goût discutable, ou placer et transférer leur argent à l’étranger. Contrairement à une bourgeoisie industrielle et entreprenante qui, en Europe aux XIXᵉ et XXᵉ siècles, avait investi dans la production et le développement de son pays, Bouabid regrettait que ces fortunes ne soient pas suffisamment réinvesties au Maroc et soient davantage consacrées à l’ostentation ou à la thésaurisation.
Le Monde rapportait également à cette époque ses critiques envers la marocanisation, qu’il estimait avoir surtout profité aux plus riches et contribué à accentuer les disparités.
Plus de cinquante ans plus tard, certaines de ces questions restent malheureusement d’actualité : corruption, concentration des richesses, favoritisme, fuite des capitaux et inégalités. Le constat dressé par Bouabid en 1971 reste donc, à bien des égards, troublant de pertinence.
2026-08-28 14:26:52