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Le crâne du roi Nsangu — la guerre entre les Bamoum et les Nso Quelque part dans la seconde moitié des années 1880, le roi bamoum Nsangu tombe au combat contre le royaume Nso. Les vainqueurs gardent sa tête. Chez les Bamoum, ce geste a une portée particulière : le crâne d’un roi mort n’est pas un simple souvenir. Les crânes royaux participent au culte des ancêtres et à l’installation de leurs successeurs. Mais Nsangu ne revient pas à Foumban. Son fils, encore enfant, devient roi le jour même, installé sur les genoux de sa grand-mère mourante. Il lui faudra près de vingt ans avant de pouvoir récupérer ce qui reste de son père. Et cette histoire possède quelque chose de rare : elle est documentée des deux côtés. Dans Histoire et coutumes des Bamum, ouvrage dicté au palais de Foumban sous l’autorité du fils de Nsangu, on raconte sa mort, l’intronisation de l’enfant et même la réaction du Fon des Nso lorsqu’il reconnaît son adversaire. Selon le récit bamoum, le Fon pleure et demande : « N’est-ce pas que le roi des Bamoum est mon frère venu de Rifum ? » Il lui donne alors un linceul et fait ensevelir le roi ennemi. Car les traditions des deux royaumes racontent une origine commune : des princes venus de Rifum, séparés au cours de leur histoire. Ce n’est donc pas une histoire simple de « bons » contre « méchants ». C’est aussi une guerre entre cousins. Et les trophées de guerre faisaient partie du langage militaire de l’époque des deux côtés : chez les Bamoum également, certaines pratiques impliquaient la conservation de crânes ou d’autres restes d’ennemis et de notables. Puis intervient l’Allemagne coloniale. En 1906, après une campagne militaire allemande contre les Nso, menée avec notamment deux mitrailleuses, la restitution de la tête de Nsangu devient une clause de l’accord imposé aux vaincus. Le 1er septembre 1906, un officier allemand témoigne de sa remise dans une corbeille. Mais même ici, les archives ne ferment pas complètement le dossier. Nous ne savons pas comment la tête de Nsangu aurait été identifiée parmi les centaines de crânes signalés à Kimbo. Nous ne savons pas non plus avec certitude où elle repose aujourd’hui. Et une tradition historique nso rapportée par Paul Nchoji Nkwi situe même son retour en pays bamoum après l’indépendance, ce qui entre en contradiction avec les archives allemandes de 1906. Une dernière précision essentielle : ne pas confondre trois objets. Le crâne de Nsangu, pris à la guerre par les Nso. Le trône Mandu Yenu, donné plus tard par son fils et aujourd’hui conservé à Berlin. Et Ngonnso’, figure sacrée des Nso emportée par les Allemands en 1902 et restituée en 2022. Trois histoires différentes. Sources principales : • Sultan Njoya (dir.), Histoire et coutumes des Bamum, trad. Henri Martin, Centre IFAN-Cameroun, 1952 — chap. 15, 16, 26, 124 et notes p. 261-262 https://www.calameo.com/read/000061616e7917a90b8d5 • Claude Tardits, Le royaume bamoum, Armand Colin, 1980 — p. 223-224 et p. 248-249. Cette histoire comporte plusieurs divergences de dates et de traditions. Nous avons donc volontairement évité de donner une année précise pour la mort de Nsangu et signalé les contradictions lorsqu’elles existent. #HistoireDuCameroun #Bamoun #Nso #Foumban #Nsangu #RoyaumeBamoun #HistoireAfricaine #OurHistory237
Le crâne du roi Nsangu — la guerre entre les Bamoum et les Nso Quelque part dans la seconde moitié des années 1880, le roi bamoum Nsangu tombe au combat contre le royaume Nso. Les vainqueurs gardent sa tête. Chez les Bamoum, ce geste a une portée particulière : le crâne d’un roi mort n’est pas un simple souvenir. Les crânes royaux participent au culte des ancêtres et à l’installation de leurs successeurs. Mais Nsangu ne revient pas à Foumban. Son fils, encore enfant, devient roi le jour même, installé sur les genoux de sa grand-mère mourante. Il lui faudra près de vingt ans avant de pouvoir récupérer ce qui reste de son père. Et cette histoire possède quelque chose de rare : elle est documentée des deux côtés. Dans Histoire et coutumes des Bamum, ouvrage dicté au palais de Foumban sous l’autorité du fils de Nsangu, on raconte sa mort, l’intronisation de l’enfant et même la réaction du Fon des Nso lorsqu’il reconnaît son adversaire. Selon le récit bamoum, le Fon pleure et demande : « N’est-ce pas que le roi des Bamoum est mon frère venu de Rifum ? » Il lui donne alors un linceul et fait ensevelir le roi ennemi. Car les traditions des deux royaumes racontent une origine commune : des princes venus de Rifum, séparés au cours de leur histoire. Ce n’est donc pas une histoire simple de « bons » contre « méchants ». C’est aussi une guerre entre cousins. Et les trophées de guerre faisaient partie du langage militaire de l’époque des deux côtés : chez les Bamoum également, certaines pratiques impliquaient la conservation de crânes ou d’autres restes d’ennemis et de notables. Puis intervient l’Allemagne coloniale. En 1906, après une campagne militaire allemande contre les Nso, menée avec notamment deux mitrailleuses, la restitution de la tête de Nsangu devient une clause de l’accord imposé aux vaincus. Le 1er septembre 1906, un officier allemand témoigne de sa remise dans une corbeille. Mais même ici, les archives ne ferment pas complètement le dossier. Nous ne savons pas comment la tête de Nsangu aurait été identifiée parmi les centaines de crânes signalés à Kimbo. Nous ne savons pas non plus avec certitude où elle repose aujourd’hui. Et une tradition historique nso rapportée par Paul Nchoji Nkwi situe même son retour en pays bamoum après l’indépendance, ce qui entre en contradiction avec les archives allemandes de 1906. Une dernière précision essentielle : ne pas confondre trois objets. Le crâne de Nsangu, pris à la guerre par les Nso. Le trône Mandu Yenu, donné plus tard par son fils et aujourd’hui conservé à Berlin. Et Ngonnso’, figure sacrée des Nso emportée par les Allemands en 1902 et restituée en 2022. Trois histoires différentes. Sources principales : • Sultan Njoya (dir.), Histoire et coutumes des Bamum, trad. Henri Martin, Centre IFAN-Cameroun, 1952 — chap. 15, 16, 26, 124 et notes p. 261-262 https://www.calameo.com/read/000061616e7917a90b8d5 • Claude Tardits, Le royaume bamoum, Armand Colin, 1980 — p. 223-224 et p. 248-249. Cette histoire comporte plusieurs divergences de dates et de traditions. Nous avons donc volontairement évité de donner une année précise pour la mort de Nsangu et signalé les contradictions lorsqu’elles existent. #HistoireDuCameroun #Bamoun #Nso #Foumban #Nsangu #RoyaumeBamoun #HistoireAfricaine #OurHistory237

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