Zak :
Vous avez raison, et c'est un angle essentiel. Si Roubaix a pu "habiller, chauffer et nourrir" la France, ce n'est pas seulement grâce à ses capitaines d'industrie ou à ses cheminées : c'est grâce à la sueur et au sang de vagues successives d'immigrés.
Ce sont leurs mains qui ont fait tourner les métiers à tisser :
· Les Belges d'abord, au XIXe siècle, premiers pionniers de cette main-d'œuvre transfrontalière.
· Les Italiens et les Polonais ensuite, fuyant la misère, qui ont endossé les tâches les plus dures dans les filatures et les fonderies.
· Les Nord-Africains et les Portugais après-guerre, venus combler les manques de bras dans les ateliers et les usines de confection.
Ils ont déchargé le charbon qui faisait tourner les machines (le chauffage), ont travaillé dans les minoteries et les sucreries (le nourrir), et ont tissé la laine destinée aux armées et aux civils (le vêtir).
Mais cette richesse industrielle s'est bâtie sur un dos brisé : promiscuité dans les tristement célèbres courées (insalubres et sans soleil), salaires faméliques, et racisme ordinaire. Aujourd'hui, quand Roubaix panse ses plaies post-industrielles, elle doit regarder cette immigration en face : elle n'est pas une greffe accidentelle, elle est l'ADN même de la ville. Sans ces vagues humaines, Roubaix n'aurait jamais été la "ville aux mille cheminées" ; elle n'en serait que le fantôme.
2026-09-08 18:59:57