Stellar Dusk :
Des lols et des quoi est construit comme un piège. À première écoute, on pourrait croire à une critique réactionnaire : « lol », « askip », « de ouf », « le seum » auraient appauvri le français, « la langue [serait] au plus bas », tandis que Ronsard incarnerait le beau français d'autrefois. Presque le vieux refrain : « Les jeunes ne savent plus parler. »
Mais le clip renverse cette lecture. Ceux qui prétendent protéger la langue sont justement ceux qui l'emprisonnent : ils censurent et décident quels mots auraient le droit d'exister. Derrière « du n'importe quoi » ou « la langue au plus bas », on peut donc entendre la voix du conservateur que Mylène met en scène, et non son propre jugement.
Et Ronsard est le paradoxe parfait : brandi comme symbole d'une langue immuable, il fut pourtant, avec la Pléiade, un acteur de son renouvellement et de son enrichissement. Celui qu'on utilise contre le changement fut lui-même un novateur.
Dans le clip, Ronsard est sous verre, transformé en relique. Mylène le libère, sort son livre et l'ouvre. Elle ne rejette donc pas l'héritage : elle le rend à tous. Et derrière Ronsard, c'est la langue elle-même qu'elle libère.
Car une langue appartient aux humains qui la parlent. Parce qu'ils sont vivants, elle est vivante, mouvante et évolutive. « Askip » et Ronsard ne s'excluent pas : ils appartiennent à la même histoire.
Même « Ronsard est là » se retourne : cinq siècles d'évolution du français ne l'ont pas effacé. Alors pourquoi craindre ceux qui le font évoluer aujourd'hui ?
Mylène ne choisit pas Ronsard contre les « lol », ni les « lol » contre Ronsard : elle refuse de choisir. Le passé et le présent, l'héritage et l'invention appartiennent à tous. Ceux qui veulent figer la langue l'emprisonnent ; Mylène la rend aux vivants.
2026-09-12 08:22:27