@joachim.amazigh: EVOQATION Ahmed Lahlou – hommage hypocrite. Un bon kabyle est un kabyle mort! (A good Indian is a dead Indian !) Cette phrase prononcée sur les plaines du Far West à l’encontre des indiens de l’Amérique du Nord s’applique adéquatement aux kabyles de l’Afrique du Nord. Probablement la seule différence, c’est que, c’est la société kabyle elle-même qui établit cette règle à ses soi-disant enfants. Ahmed Lahlou a vécu dans l’indifférence totale, c’était certainement son choix. Il avait sa vision et ses opinions, il était poète, acteur, pauvre et sans électricité. Tous ces ingrédients font de vous un « marginal » en Kabylie. Les habitants d’At Abbas connaissaient son talent et ses infortunes, lui, il appréciait leur désintéressement. Il me racontait un jour qu’il ne pouvait pas m’envoyer un poème sur Messenger ; parce que son téléphone était déchargé et qu’il ne voulait pas déranger son voisin, chez lequel il le chargeait habituellement. Je ne connaissais pas Ahmed Lahlou entièrement. Je ne connaissais qu’une moitié de lui, un seul versant. L’autre versant, je n’ai jamais osé m’y aventurer. Je suppose qu’il était replié sur lui-même, tandis que les gens se dépliaient de lui. Il apparaissait solitaire et retiré, souvent écorché par la misère. L’artiste en Kabylie est l’appât du besoin. Les yeux trahis par des cernes, il perdait son combat contre les insomnies et nous étions loin de savoir qu’il perdrait son combat contre la vie. Quand les kabyles vous rendent un hommage après votre mort, c’est pour marquer que vous avez été insignifiant pour eux de votre vivant. Cela ressemble plus à une à une récompense de ne plus être là. Un remerciement final. On invite et fait parader des gens qui vous connaissaient mal pour vous faire des louanges, pour effacer toutes les méchancetés qu’ils ont pu dire sur vous. Le pire affront, c’est d’impliquer l’administration locale– la Mairie par exemple – dans toute son hypocrisie. Apparemment, la Mairie d’Ighil Ali a réussi à obtenir de l’électricité pour Ahmed trois jours avant sa mort. Quelle aubaine hein ? Il a vécu dans l’obscurité, mais il meurt dans la lumière. Une ironie « made in Kabylie ». Quelque chose me dit que c’est le premier et dernier hommage qu’on rend à Ahmed. A un certain moment, je voulais me lever et demander à tous les gens de mettre leur main dans leur poche pour payer les factures d’électricité d’Ahmed Lahlou. Mais, ils étaient venus pour exposer leur talent de poètes ou leur manque de talent, il y avait une ligne très fine entre les deux. Des poèmes sur la misère pour un public qui soupçonne déjà que la vie ne leur a pas fait de cadeaux. J’ai hâte de mourir…pour être enfin accepté par les kabyles.
Joachim Amaziɣ (Hachimi)
Region: DZ
Friday 30 October 2026 09:47:15 GMT
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